Le G7 est donc parvenu à valider la création d’un impôt mondial destiné à lutter contre les délocalisations moins par les forces de police que par l’intérêt. Si les avantages perçus lors d’une délocalisation dans un paradis fiscal n’y sont plus, la délocalisation en question cesse d’être intéressante. En obligeant toute firme sur la planète à payer à sa nation d’origine la différence de l’impôt qu’elle ne paie pas sur place, les avantages fiscaux de la délocalisation tombent d’eux-mêmes. Les Etats-Unis ont toujours pratiqué de la sorte et il n’est pas étonnant que ce soit eux qui soient à l’origine de cette proposition que l’on attendait depuis longtemps de l’UE et que sa propre juridiction (CJE), en vertu de ses propres traités, le lui a formellement interdit. On se souvient de l’interdiction faite par la Cour de taxer les GAFA… Ce que peuvent les Etats-Unis, l’Europe en est incapable. La Suisse n’étant pas dans l’UE, cette dernière n’est pas tenue de faire de même et l’on sent bien que pour le monde des affaires, lorsqu’il est question d’impôt, la non-appartenance à l’Union cesse subitement d’être un problème…

L’écrivain François Garçon, docteur en histoire et promulgateur des valeurs helvétiques au-delà de nos frontières, en a profité pour faire savoir que la Suisse n’était plus depuis longtemps un paradis fiscal. On le croirait presque si les Etats-Unis et l’Union, qui n’ont guère de raisons de faire de la surenchère en ce domaine, n’avaient tout récemment placé la Suisse sur la liste grise des paradis fiscaux avant de l’en retirer. On a beau être docteur en histoire, on est pas moins de parti pris en politique. Il fallut bien au contraire une pression considérable pour que la Suisse daigne céder une partie de son secret bancaire qui, bien évidemment, lui apportait beaucoup d’émoluments. Un vendu de première classe du PLR avait même évoqué à l’époque un « trésor national ».

La Suisse est à ce point peu attractive en matière fiscale, que la proposition du G7 alarme les sociétés et les cantons les plus à la pointe des avantages fiscaux et de l’implantation de multinationales étrangères. S’il n’est plus possible d’être avantageux sur le terrain fiscal, alors on propose déjà de tenter toutes les opérations indirectes pour continuer de l’être comme on peut le lire dans Le temps (08.06.2021) : le canton de Zoug, en première ligne de la concentration des multinationales, propose d’accroître les subventions étatiques en maints domaines, d’alléger les revenus de la propriété intellectuelle, de pratiquer des allègement fiscaux non plus pour les entreprises mais pour les employés, ainsi qu’une réduction des taxes environnementales et des charges sociales… Comme pour le secret bancaire, il y a toujours moyen de s’arranger entre autorités politiques et entrepreneurs privés pour déplacer les avantages à défaut de les supprimer. Rusé comme un Suisse, qui sait, le dicton finira peut-être un jour par s’imposer à l’instar des têtes dures de l’ancien mercenariat ou de la précision et de la régularité légendaires des concepteurs de montre.

En attendant, l’impôt mondial est désormais acté, et ce n’est pas l’extrême gauche qui l’impose mais la crème des plus hauts chefs d’Etat de la planète. Alors bien sûr, la tranche d’imposition est ridiculement petite et même Amazon y échappe par la grâce d’une rustine qui, précisément, fait toute la différence avec l’extrême gauche… Une partie de l’accord précise que si les taux de profit de l’année précédente n’ont pas excédé les 10 %, aucune imposition n’est prélevée à hauteur des 15 % prévus. Or, comme par magie, Amazon, dont le capital est pourtant situé sur la stratosphère à hauteur de 386 milliards de dollar en 2020, n’a fait que 6,5 de taux de profits dans le courant de l’année précédente, bien au-dessous des 10 % prévus par l’accord. L’immense richesse pharaonique de la multinationale ne verra donc pas l’impôt mondial s’appliquer pour son compte – et pour combien d’autres si même le géant des géants y échappe ? Pour conclure sur cette mesure qualifiée de révolutionnaire par nombre de journaux libéraux, il faut comprendre par révolution de la part du G7, uniquement le symbole mais pas le fait. Nous voilà tous rassurés : pour que la montagne accouche ainsi d’une souri, il faut bien que le précipice états-unien soit encore loin de la pente sèche.