Le peuple suisse a voté ; comme à l’accoutumée, les milieux financiers s’effarent de sa veulerie, de son inculture et de sa pingrerie. Le peuple a voté avec son porte-monnaie, nous dit-on ; en est-on si sûr ? Cette engeance n’a pas de valeur, aucun idéal ; elle n’est bonne qu’à compter ses sous ou à vomir sa haine recuite au bistrot du coin. N’est-ce pas plutôt le fait que tout en étant à la fois le pays payant le plus de taxes pour lutter contre les émissions de Co2, tout en étant le pays le moins pollueur et le plus propre du monde, les suisses ont donné un coup d’arrêt à une idéologie qui n’a pas même à ce jour fait les preuves que l’ensemble des mesures coûteuses déjà prises aient donné le moindre des résultats ? Ne prend-on pas une fois de plus le peuple pour un imbécile ? Ce dernier a payé, paie, et continue de payer ; il a déjà sacrifié son aisance en échange du sauvetage de la planète – qu’en est-il ? N’entend-il pas au contraire que la Suisse est une goutte d’eau presque pure dans un océan de pollueurs et que le citoyen suisse n’est pas prêt à balancer ses sous par la fenêtre pour purifier un air vicié par d’autres ? La microscopique Helvétie saurait-elle réussir ce que les Etats-Unis, la Chine, la Russie, l’Inde, l’Amérique latine ne font pas ou peu ?

Les citoyens ont-ils le sentiment d’être pris pour des ânes, ou sinon, à titre d’emblème helvétique, pour des vaches à lait ? Voilà qui contredirait largement l’insulte qui lui est faite en prenant le peuple pour un avare, sacrifiant la planète pour son misérable pouvoir d’achat. Le dessin de Chapatte de ce jour (Le Temps, 14.06.21) est tout entier dans cette arrogance bien-pensante qui n’a guère le souci de l’intelligence mais de la moraline populicide. J’ai pour mon compte voté contre la loi Co2 après avoir lu nombre d’ouvrages scientifiques sur le sujet, d’anciens rapporteurs du GIEC pour le climat, des chercheurs au CNRS, des universitaires, des géologues, des glaciologues, nombre d’articles du Pour la Science, qui tous dénoncent la fumisterie anthropocentrique d’un événement qui dépasse l’homme et dont il est mal venu de lui attribuer la seule responsabilité ; si le moindre ver de terre participe de l’effet de serre, comme il nous l’a été dit, alors c’est moins l’homme que le vivant dans son semble qui est coupable. Nous saurons bien à l’avenir si le porte-monnaie l’a emporté ou si ce n’est pas le fruit d’une réflexion de plus en plus lucide sur l’impossibilité pratique de changer le climat mondial et de faire payer un prix pharaonique aux peuples pour une déraison scientifique – si tant est qu’elle soit bien scientifique et non strictement militante… Sans compter que, comme par hasard, les seuls à débourser contre la pollution mondiale (dont le Co2 ne fait pas même partie), ce ne sont pas les industries et les multinationales qui les produisent, mais ceux qui n’ont rien, ou si peu de besoins que la voiture leur fait même parfois défaut. Avare, le peuple ? Je dirais non seulement désireux de bien faire, mais lucide avant tout.