Publié chez Albin Michel, la philosophe Chantal Mouffe a esquissé dans Pour un populisme de gauche, les lignes principales de ce qu’elle envisage comme étant l’axe principal du monde de demain, et le chemin que la gauche se doit de suivre si elle ne souhaite pas manquer le train de l’histoire pour le céder à la droite. Après des millénaires d’histoire, nous savons mieux aujourd’hui que les idéologies n’ont qu’un temps, que rien n’arrête le moment présent et que les nécessités politiques changent à travers le temps. Les idéologues se fourvoient sitôt que leur idéologie se maintient toute seule, sans s’appuyer sur les nécessités du moment. Fort de ce constat, la philosophe tire les leçons de ce début de siècle à partir de ses événements : manifestations des gilets jaunes, contestations de la rue à l’encontre des élites technocratiques de l’ordolibéralisme européen, fort soutien populaire au trumpisme aux Etats-Unis, grande popularité en Europe et ailleurs des hommes forts de la droite dite populiste ; notre époque est à l’évidence celle du populisme, elle l’annonce ; une forte activité politique et culturelle s’active autour du populisme contre les élites sociaux-libérales. Il s’agit dès lors de jouer Machiavel contre Marx, d’en revenir à une vérité plus latine que celle de l’idéalisme allemand : celle qui reconnaît que la conjoncture est primordiale sur l’abstraction théorique et qu’il s’agit d’être pragmatique et non essentialiste. Il faut retirer à la gauche son œillère passéiste et l’ancrer dans la contemporanéité.

N’étant pas une idéologie mais un moment politique, le populisme n’est pas une doctrine destinée à perdurer de manière inaliénable, mais un moment dans une histoire qui se trouve être celle du siècle en cours. Faire l’impasse sur cette réalité, c’est manquer l’histoire ; raison pour laquelle, la droite remporte désormais la partie et séduit davantage que la vieille gauche sociale-libérale. L’histoire n’aura jamais de fin et le grand soir est un échec non pas uniquement par l’impossibilité du communisme intégral, mais parce qu’il n’existe pas d’éternité dans la durée aux problèmes de l’organisation politique. Le communisme était une réponse à une époque déterminée ; les éléments de réponse qu’attendent les gens aujourd’hui ne correspondent plus à la réalité de l’affrontement politique. La fracture politique, ou disons, le lieu de l’affrontement, du clivage, se trouve désormais entre les citoyens d’en bas et les élites au sommet ; l’ancien paradigme communiste réductible aux seules classes sociales ainsi qu’à l’organisation du travail n’est plus parlant pour formuler l’alternative contemporaine. Les peuples ont des attentes, des aspirations que les représentants élus n’entendent plus. Le populisme qualifie cette nécessité actuelle d’une radicalisation de la démocratie et non d’une dictature du prolétariat. L’individualisme est lui-même devenu une réalité de fait que personne, même à gauche, ne souhaite véritablement abolir pour tout ce qui concerne les libertés publiques qui ont été fort longtemps un objet de lutte et d’affranchissement des tyrannies religieuses et politiques ; la démocratie libérale a apporté un nombre de bénéfices en libertés publiques auquel le communisme ne peut plus répondre qu’en les sacrifiant. D’où son désaveux. De son côté, l’hégémonie néolibérale des années 80 a cédé la place à une social-démocratie elle-même épuisée et vaincue par son inefficience. Les charges contre l’Etat social se sont montrées à ce point dérégulatrices et confiscatoires, que le système austéritaire est directement visé par la contestation. La crise de 2008 lui a porté le coup de grâce, révélant par la crise de la dette, l’impasse économique de l’ancien système. L’austérité a échoué dans sa capacité à redresser le navire et les Etats ont dû s’endetter pour sauver le paradis libéral que les banques seules devaient assurer. Elles ne l’ont pas pu. Les peuples ont bien saisi qu’il était urgent désormais de réindustrialiser, de retrouver un soutien étatique au bien social et à la relance économique, de reprendre en main par le politique, une économie abandonnée à une technocratie détachée de tout pilotage démocratique et parlementaire. Ce que le populisme dévoile plus que tout, c’est la surdité à la démocratie de l’ensemble de la représentation en Europe.

Métamorphoses d’un vieil antagonisme

Durant toute l’histoire du libéralisme, la lutte s’était constituée entre l’élitisme universaliste des libéraux et les exigences démocratiques des peuples ; cet affrontement remonte déjà au XIXe siècle, soit dès l’apparition en Europe du libéralisme et du radicalisme ; au XXe siècle, le libéralisme a été dans la nécessité de contractualiser son hégémonie avec l’électoralisme et la démocratie populaire. Ce marchandage politique a été brisé en même temps que le syndicalisme par le néolibéralisme de années 80, qui méprisa tant et si bien les contre-pouvoirs que la démocratie ne devint plus qu’un mot dans un environnement politique débarrassé de son influence. L’alternance bipartisane qui se succède au sommet des Etats par le biais d’un panel d’hommes et de femmes politiques habités par les mêmes dogmes, de gauche comme de droite, a rendu jusqu’aux élections, l’alternative inopérante. La moindre dissension à la politique de centre droit est immédiatement considérée comme extrémiste et fasciste, sans même qu’elle le soit. La contradiction politique ayant été ainsi neutralisée par le discours, il n’est plus qu’une technocratie savante pour décider du sort de tous.

Ce que Chantal Mouffe, à la suite des travaux de Jacques Rancière, nomme la post-démocratie, est elle-même liée à la post-politique organisée par Maastricht autour de la fin des nations, alors que ces dernières contenaient tout autant les peuples et leurs outils démocratiques. Abolir les nations, c’était du même coup, abolir les institutions qui, en leur sein, permettaient aux démocraties de faire entendre les choix populaires. Le supranationalisme européen a réalisé cette double victoire libérale que d’en finir d’un seul coup avec les peuples comme avec les alternances politiques. Raison pour laquelle, les premiers partis à s’être émus de cette captation de souveraineté, furent des partis de droite, car c’est précisément sur le terrain national que s’est joué le discrédit démocratique ; la gauche ayant été séduite par l’internationalisme de la finance en remplacement de l’internationale communiste, c’est l’accroissement des problématiques sociales issues des politiques austéritaires, de la faillite économique du néolibéralisme, de l’inégalité croissante et de la désindustrialisation par délocalisation, qui ont précipité le mécontentement populaire et les premières contestations qui tendent, désormais, à s’étendre à la gauche.

Stratégie du populisme de gauche

Cette contestation prit la forme de mouvements d’occupation des places (Nuit debout, Occupy, Indignados), réclamant le retour de la démocratie ; on se souvient que Syriza, en Grèce, avait rallié énormément d’espoir en annonçant une politique anti-austéritaire qui se fracassa sur le blocus européen. Podemos, en Espagne, se proposait lui aussi de mettre fin à l’immobilisme du conservatisme de centre droit, et profita de résultats plus heureux puisque le parti fit son entrée au parlement avec un nombre croissant d’élus. La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon a également prospéré dans la même ligne de contestation des politiques traditionnelles à ses heures les plus heureuses, Die Linke en Allemagne, et surtout Jérémy Corbin en Angleterre qui jouit actuellement de la plus grande force d’opposition de gauche aux politiques européennes. La diabolisation du populisme, qu’il soit de droite comme de gauche, ne permettra pas d’endiguer une contestation se nourrissant moins des idées que des faits et cela serait pour le moins contre-productif.

C’est précisément en tenant un discours populiste à gauche que l’arrière-boutique xénophobe de la droite se vide sitôt que le discours désigne un tout autre adversaire que le sempiternel immigré ; le succès de Jérémy Corbyn s’est tout autant accompagné d’une désaffection des électeurs de l’UKIP, symbolisant la droite dure de l’échiquier britannique. François Ruffin et Jean-Luc Mélenchon ont eux-mêmes, en 2017, ajoutés à leur succès électoraux, un syphonnage évident des voix du Front national. Si le discours populiste droitier mise lui aussi sur un rejet des élites et un appel à la démocratie, on sait bien que sa finalité sera tout autre puisque la droite est moins décentralisatrice que jacobine et leurs électeurs seraient bien trompés s’ils en attendaient la démocratie directe ou radicalisée. Zemmour le bonapartiste ne l’entendra pas de cette oreille, pas plus d’ailleurs que le gaullisme issu de la Ve République.

Le keynésianisme fut un consensus efficace durant une certaine période pour harmoniser le conflit entre le patronat et le prolétariat ; le choc pétrolier de 1973 durcira à ce point la conjoncture économique que l’Etat providence sera érodé par la primauté des intérêts économiques ; le syndicalisme parviendra dans les années qui suivront à contraindre les classes dirigeantes à conserver un lien contractuel avec le monde du travail ; mais c’était sans compter sur le néolibéralisme de Thatcher et de Reagan dans les années 80, qui sauront mieux encore se revendiquer du peuple tout en démantelant autant que possible les contre-pouvoirs organisés. En mettant à terre le syndicalisme tout en se rapprochant du peuple, Margaret Thatcher a liquidé l’héritage travailliste non seulement dans ses activités mais aussi dans sa philosophie. Elle y est parvenue précisément en mettant en place un populisme autoritaire au service du libéralisme – c’est-à-dire au nom des libertés publiques et commerciales. Machiavel ne pourrait aujourd’hui encore qu’attester que les grands hommes politiques ne sont pas forcément le plus intelligents mais les plus rusés, ou les plus à propos : ne pas être idéaliste mais conjoncturel, allier le renard au lion, la ruse à la force. Le thatchérisme put ainsi marier à la nation, la famille, le devoir, l’autorité, les valeurs et la tradition, autant de valeurs droitières, l’intérêt personnel, l’individualisme, la compétition, la privatisation et la désintégration de l’Etat. Le maître à penser du néolibéralisme, qui fut aussi celui de Margaret, est Friedrich Hayek ; ce dernier proposait d’en finir avec toutes les coercitions à la liberté individuelle, et dans ce projet a priori libérateur, l’antagonisme possible entre la démocratie et la liberté se devait de tout concéder à la liberté : « La démocratie est essentiellement un moyen, un procédé utilitaire pour sauvegarder la paix intérieure et la liberté individuelle. » (La route de la servitude) Au nom de la liberté, on en viendra donc à supprimer la démocratie si nécessaire… Sauf qu’à dissocier la démocratie et la liberté, on opère ce glissement vers la dictature des possédants, la domination exclusive des puissants. Alors qu’un individu richissime et parfaitement libre, par démantèlement de l’Etat et des biens publics, peut sans efforts s’acheter pour lui seul ce qu’il retranchera de la liberté des autres : l’accès aux lacs, aux jardins, à la culture, aux plages, aux piscines, aux musées, aux postes, aux hôpitaux, aux restaurants, aux cinémas – pour peu qu’ils deviennent la propriété exclusive de la liberté d’un seul acheteur.

La politique devait donc être abolie pour permettre aux seuls individus de se réaliser pour leur propre compte. Margaret Thatcher n’avait-elle pas déclaré à l’époque que la société n’existait pas ? L’égalité communiste (supprimant toute individualité) se voyait remplacée dans l’idéal, par l’individu tout puissant (supprimant la société). Le succès du néolibéralisme fut tel, dans un premier temps, que l’échec communiste contribua à pousser la gauche à accepter le monde néolibéral par le biais du New Labour de Tony Blair dont Thatcher confessera que d’avoir ainsi convaincu ses adversaires, représentait pour elle sa plus belle victoire politique… La dictature communiste n’étant plus ni désirée, ni désirable par personne, ne restait plus à la gauche qu’à opter pour la démocratie, essentiellement rapportée au libéralisme et à la social-démocratie. Maggie s’était-elle seulement inquiétée que lorsque l’adversaire devient notre frère, le totalitarisme est davantage gagnant que le pluralisme ?

Et c’est ce qui arriva, moins par dictature factieuse et hégémonie volontaire que par abandon de la gauche à sa nécessaire opposition. Une fois la gauche partageant les mêmes idées et la même doctrine que ses adversaires politiques, la démocratie ne pouvait plus proposer aucune alternative au modèle en place, ce qui rendit inefficient toute forme de contestation politique à l’ordre établi. Dans cette affaire d’hégémonie libérale, il y a moins la dictature assumée d’un parti que la soumission à l’adversaire de l’opposition politique. La crise du néolibéralisme est donc le moment privilégié pour que la gauche puisse tirer partie d’une idéologie finissante et redéfinir son corpus et son alternative à nouveaux frais.

Recouvrer le sens de l’histoire

Le populisme appartient donc au kairos du moment politique en ce début de XXIe siècle, et pourtant, à l’évidence, la droite n’est pas tout à fait dans la ligne historique de ce mouvement remontant à la fin du XIXe siècle ; cette dernière n’aspire, comme à son habitude, qu’à un pouvoir fort, un ordre unilatéral et hiérarchique ; or, des gilets jaunes au printemps arabe, du populisme américain aux protestations libanaises ou d’Europe de l’est, nous n’entendons qu’une même revendication : davantage de démocratie et la rétribution du pouvoir au peuple. Les peuples n’ont de cesse que de réclamer ce qu’il leur a toujours été promis dans les déclarations des grands principes : le démos et le kratos, pouvoir du peuple, avant même celui de ses représentants.

Les idéaux de la droite apparaissent donc en contradiction d’avec le sens de l’histoire actuel ; cette dernière ne fédérant autour de son populisme que parce que la gauche se refuse à abandonner le phagocytage libéral et la nostalgie communiste. C’est une erreur d’autant plus évidente que le communisme prenait pour idéal une dictature, celle du prolétariat, et non la démocratie contre laquelle le communisme a toujours lutté en l’amalgamant avec le capitalisme libéral. Il avait face à lui, d’ailleurs, le fascisme, dont les modalités étaient elles-mêmes antidémocratiques et antirépublicaines. Aucune voix n’existe aujourd’hui, sinon à gauche, pour venter les mérites d’une dictature face à des populations qui n’aspirent qu’à la démocratie véritable. Le populisme de Jérémy Corbyn est le seul du genre en Occident à s’inscrire dans cette voie séculaire pour la gauche, acceptant le sens de l’histoire plutôt que la nostalgie idéologique ; le résultat ne s’est pas fait attendre : le parti a fait le plein d’adhérents, il syphonne la droite populiste, et voit même tout une jeunesse le rejoindre dans son élan, confortant l’idée que le populisme est bien l’avenir de la politique, qu’elle s’inscrive à droite comme à gauche.

On aurait tort de penser que l’Etat fort, sinon la dictature, soit un outil d’évolution politique, bien au contraire, en toutes les époques, il est un engin de sclérose et de paralysie, n’avançant que par les coups de boutoir des révolutions. Le seul système hautement plastique aux évolutions historiques, c’est bien la démocratie. Car contrairement aux idéologues de parti, les gens ordinaires n’avancent qu’en fonction des besoins du moment et n’hésitent pas à changer d’avis sitôt que l’intérêt d’un changement leur apparaît de première nécessité. C’est très certainement un système beaucoup plus lent que l’élitisme oligarchique, mais quel peut bien être l’intérêt – en politique – d’avoir raison tout seul contre la totalité du pays ? Ce qui n’empêche en rien les sciences, les arts, les lettres, de publier et de militer pour des changements qu’un peuple ne serait pas en mesure, dans l’immédiat, d’appréhender. La politique n’est pas le lieu de la vérité mais du choix ; or, le choix, c’est l’avis de tous, et donc, du plus grand nombre. Il revient à la charge des visionnaires que de convaincre un peuple plutôt que de lui infliger sans son accord, un progrès qu’il ne cautionnerait pas. Il n’y a aucun triomphe ni mérite à vaincre tout seul par l’interdiction de tous les autres. En démocratie, tout le monde est égal devant le choix ; qu’il soit grand scientifique ou chômeur de longue durée. Le chômeur connaît la réalité sociale de plein fouet ; le grand scientifique peut tout aussi bien se perdre dans l’abstraction d’un savoir détaché des réalités politiques et économiques qu’il ne maîtrise pas forcément et dont le train de vie l’en éloigne toujours un peu plus.

Qui se souvient du cri des Indignados espagnols : « Nous avons un vote mais nous n’avons pas de voix. » L’exigence de radicalité contemporaine n’est donc plus dans la dictature mais dans la démocratie, cette règle du jeu égalitaire qui marie le plus élégamment, l’égalité et la liberté. Tout ce que l’égalitarisme peut recouvrir en dictature potentielle est régulé par le choix majoritaire ; car le peuple peut très bien refuser une forme d’égalitarisme considérée comme étant moins une liberté qu’une aliénation ; il en a le pouvoir en tant que majorité, là où un exécutif se verrait violement attaqué comme étant dictatorial et ennemi de ladite égalité. Un procès bien plus difficile à établir lorsque le peuple est à majorité contre une prétendue avancée des droits prônée par des minorités extrémistes. La démocratie représentative est déséquilibrée par l’infime minorité d’élu qu’elle contient ; la démocratie populaire est équilibrée par la masse de tout un peuple aux sensibilités aussi diverses que l’intégralité du spectre politique – voire plus encore…

Une redéfinition du rôle des institutions

Dans le système de démocratie libéral, la démocratie est tenue la plus éloignée possible des élites politiques et économiques, contractualisant ses intérêts avec la démocratie représentative de différentes manières, qui vont de l’amitié au lobbyisme, excepté certains cas graves de corruption, mais plus généralement, d’entente commune autour du modèle politique en vigueur. La réformette et les élections au suffrage universel sont la panacée de ce système qui sait pertinemment que le personnel politique, de gauche comme de droite, adhère au même système en vigueur et que rien de révolutionnaire ne surviendra jamais de l’élection et de son panel de candidats bien-pensants. Quant à la réformette, elle ne sert qu’à procurer l’illusion du changement au sein d’un cadre déjà bien établi dont on ne touche jamais en aucune façon. Outre la révolution, qui abolit par la violence tout un système au profit d’un autre, il existe aussi le réformisme radical qui intègre la modification constitutionnelle et institutionnelle et qui permet, par une réforme spécifique, de changer en profondeur par le cadre légal ce qui n’aurait pu l’être que par une révolution populaire ou armée. Le référendum constitutionnel permet, dans les démocraties étendues, d’obtenir dans la légalité et la conformité des institutions, des changements qui ailleurs nécessiteraient de violents bouleversements.

La définition même de l’Etat est appelée à changer dans cette perspective car le populisme en formule une très différente de celle du marxisme, de l’anarchisme ou de la social-démocratie. Pour cette dernière, on l’a vu, l’Etat est représentatif et use de la réformette pour conforter le système par les décideurs politiques et les instances économiques ; le marxisme voyait en l’Etat une dictature nécessaire au changement, supposant la prise de pouvoir par la violence armée (le putsch) dont nous vîmes au siècle dernier les représentants n’en plus démissionner… La gauche anarchiste est connue pour être hostile à cet instrument de domination à la fois légal et policier et parie généralement sur sa suppression pure et simple ; la social-démocratie ayant pacifié le rôle de l’Etat vis-à-vis des contestations sociales, la méfiance à l’égard de l’Etat s’est dissipée au profit d’un simple outil au service de la majorité politique en place pour appliquer son programme adopté au suffrage universel. L’Etat s’est imposé comme étant autant utile à la gauche qu’à la droite pour mettre à bien le programme politique du moment et non plus tel un Etat policier entièrement voué à la répression populaire. Le populisme adopte cette nouvelle donne étatique pour considérer l’Etat comme l’outil de la mise en place d’une politique, de gauche comme de droite, en fonction de l’alternance que lui conférera le vote populaire, puisque telle est désormais la nature actuelle de l’Etat.

Le populisme est assurément post-libéral au sens où ce ne sont pas les libertés publiques qui sont menacées, puisque la démocratie suppose l’existence de chacune de ses parties pour ne pas se nier elle-même, mais au sens où les présupposés inaliénables du libéralisme pourront être modifiés en tout ou parties selon les nécessités du moment – la Suisse est un exemple s’il en est avec les démocraties du nord où les institutions n’y sont pas entièrement libérales dans le détail et où les contradictions entre la démocratie directe et les élites économiques définissent une forme de libéralisme protectionniste, ou tout du moins, un système démocratique où les idéologies ne sont pas appliquées de manière systématique par la grâce des initiatives et des référendums populaires. La démocratie directe se charge de mettre le bazar dans l’idéologie libérale avec pour conséquence, un plus grand pragmatisme dans le consensus entre les différentes parties, et dont toutes les classes profitent d’une manière ou d’une autre. Une chose parait évidente : les idéologies ne peuvent guère survivre à la démocratie radicale car cette dernière corrige par le bas toutes les impasses ou les dérives contenues dans les logiques d’ensemble.

Chantal Mouffe ne cite jamais l’exemple helvétique dans son ouvrage mais je m’en sers ici à dessein pour éclairer le propos par des faits déjà en application. La nature révolutionnaire ou réformiste du populisme de gauche ne dépendra que de la radicalité du système démocratique mis en place. Plus la démocratie sera étendue, plus le système sera à la fois efficient et plastique, épousant au plus près les nuances de terrain, inaperçues des idéologies jacobines. Je pourrais même appuyer cette évidence par le fait que le système helvétique est demeuré inchangé dans ses institutions depuis la fin du XIXe siècle et que personne ne songe encore aujourd’hui à modifier quoi que ce soit de son système démocratique sinon à le radicaliser plus encore ou à réduire le pouvoir et l’influence de certaines de ses institutions centralisées.

Quoi qu’il en soit, aussi vrai qu’aucune monarchie ne ressemblait dans le détail à celle d’un pays tiers en Europe, aucune démocratie ne ressemble à une autre aujourd’hui encore ; les particularités historiques, au même titre que les idéologies, ne sont jamais conçues et appliquées de la même manière par les sensibilités nationales comme historiques. Prétendre que toute démocratie ne saurait être que libérale, ultralibérale ou social-démocrate, est aussi ridicule que de prétendre que toute religion ne saurait être que chrétienne. Il appartient au peuple de décider de lois pouvant être libérales dans les mœurs et la culture et ne plus l’être dans certains secteurs économiques, par exemple, ce qui est déjà le cas en Suisse où la gauche radicale et l’UDC de droite nationaliste, sinon les syndicats, veillent à encadrer au possible les abus du libéralisme économique. On sait par exemple très bien que le besoin d’Etat recule lorsqu’un boom économique se présente, que le libre-échange s’impose telle une occasion en or d’exporter la surabondance productive des périodes les plus fastes, mais qu’il devient tout aussitôt un péril lors de la disette ; les périodes de récession nécessitant davantage d’Etat providence, de protectionnisme que le laisser-faire et le laisser-passer intégral. Un tel pragmatisme des moyens selon les besoins et la situation est impensable de la part d’élites idéologiques et partisanes, mais se trouve bien plus usité par les peuples pour qui les résultats et les conséquences directes d’un projet de loi comptent davantage que de souscrire à une utopie unitariste ou totalitaire.

Nouveaux antagonismes et nouveaux clivages

Pas de peuple sans Etat, pas de démocratie possible sans le vote populaire et les moyens de son application ; par conséquent, tant que les différentes forces politiques n’auront pas tiré les enseignements de l’histoire pour se plonger dans le nouveau monde populiste, rien ne pourra répondre aux attentes populaires. La confusion entre la démocratie et le capitalisme est une idée erronée car lorsque le peuple propose des initiatives et des référendums, il s’en prend volontiers à l’organisation économique en imposant des régulations que les élites représentatives n’entreprendraient jamais sans cela ; il faut voir en Suisse les tollés que provoquent certaines initiatives dans les milieux économiques, les contraignant à dépenser des millions en propagandes politiques, sinon à user d’un discours menaçant, terrorisant, diabolisant, pour effrayer une population afin d’éviter qu’elle ne fasse certains choix antilibéraux, voire anticapitalistes. Et pourtant, on ne compte plus les votations antilibérales que l’UDC en Suisse permet de faire passer assez régulièrement, fût-ce sur le terrain de l’immigration et de Schengen ; la gauche radicale y parvient parfois aussi comme avec le salaire minimum à Genève, adopté à l’encontre des milieux économiques qui s’en sont fortement émus en assurant ne pas avoir été suffisamment vigilant… La démocratie authentique n’est donc ni libérale, ni capitaliste, mais peut tout aussi bien être antilibérale et anticapitaliste, moins dans l’absolu d’un système que dans le détail de ses décisions. La fin des idéologies doit être comprise comme la fin des systèmes absolus, impératifs et rigides, qui tous réclament moins le choix démocratique contradictoire que la dictature unificatrice et unifiante. La polarisation actuelle n’est plus celle d’un système contre un autre, d’un outil contre un autre, anti-étatiste ou anticapitaliste, mais dans l’opposition radicale entre le peuple et ses élites, entre la démocratie effective et la trahison de la représentativité.

Peu importe l’étiquette que prendra le système que la démocratie mettra en place pour résoudre ses problématiques ; toute société a des problèmes à résoudre éminemment concrets et qui nécessitent, dans leur forme, de passer autant par le socialisme que par plus ou moins de libéralisme selon les situations historiques. Lors de récentes votations fédérales, le nombre d’objets de gauche ayant été adoptés par le peuple ont contraint la presse libérale au cri d’effroi : la Suisse est passée à gauche ! Horreur et damnation ! Ce qui illustre que la démocratie n’obéit à personne et que le pragmatisme est son atout majeur sur l’idéologie partisane, lui procurant cette extraordinaire souplesse que d’embrasser tous les courants, y compris les plus radicaux, sans se soucier de coïncider avec un parti mais en pesant au plus près ses intérêts pour chaque objet. Les élites helvétiques ne le savent que trop puisque pour éviter l’auberge espagnole des choix démocratiques, ils tentent de plus en plus souvent d’amalgamer dans un même paquet de lois plusieurs volets différents (réduction d’impôts et augmentation de l’âge de la retraite) de façon à piéger la délibération populaire en soudant ensemble la carotte et le bâton. Les votes en faveur des minorités ont mainte fois passés la rampe de la votation populaire, démontrant là aussi la capacité pour une majorité de concéder des droits aux minorités sans les leur retirer égoïstement. L’option du radicalisme démocratique ne saurait se faire sans accepter cette réalité que le bon sens populaire est moins problématique en politique que l’idéologie des professionnels de la politique. Le plus grave en politique n’étant pas de se tromper de chemin, car il est fréquent que la démocratie revienne sur un vote antérieur pour le modifier ultérieurement, mais de ne plus pouvoir rien faire par immobilisme institutionnel. Le populisme est un remède immédiat contre la paralysie étatique.

L’histoire est la seule à indiquer les priorités à suivre, et non une idéologie ou un parti spécifique ; si les anciens systèmes ne parviennent plus à s’adapter aux nécessités présentes, c’est bien la preuve qu’ils ne sont plus adaptés aux besoins de l’heure, notamment à la protection de l’environnement, qui a rendu caduc l’idéal communiste car résolument productiviste et polluant, en plus d’être nataliste pour des raisons de contingentement guerrier. Les acquis des libertés publiques ont également désavoué la dictature égalitariste car personne ne voudrait sacrifier sa liberté sur l’autel de l’égalité, mais au contraire, faire en sorte de marier au plus près la liberté et le collectif, l’individualité affranchie et le partage ; d’où l’abandon dans l’esprit du peuple des idéologies marxistes d’hier comme de l’individualisme libertarien qui n’a jamais conquis les masses populaires, davantage soucieuses des enjeux de société. C’est donc bien l’histoire qui précède les intérêts humains et qui pousse sans cesse à la résolution des conflits et à la métamorphose permanente des conceptions politiques. L’histoire est dialectique, moins par les caprices d’un Créateur plus malin que généreux, que par l’usure du temps et les caprices du climat qui, bien avant que l’homme ne s’en préoccupe, avait déjà fait s’effondrer nombre de civilisations par désertification des récoltes, comme on le présume pour les civilisations précolombiennes. Dans l’histoire de la Chine, nombre de dynasties sont tombées suites à des changements climatiques d’importance, détruisant les récoltes, et forçant l’empire à se démettre pour se reconstituer sur de nouvelles bases et de nouveaux objectifs. La démographie mondiale étant elle aussi un facteur majeur et inédit dans le mouvement de l’histoire déterminant la crise énergétique, agricole, urbaine, environnementale et sociale. Si le changement est la seule certitude historique et politique, la nature du système importe moins que l’arbitrage du choix ; ce dernier ne pouvant guère être moins équitable qu’entre les mains de la majorité des citoyens qui devront y prendre part. L’obéissance étant plus efficace sur décision commune que par l’imposition d’une minorité soi-disant éclairée – ce qui n’est le cas d’ailleurs que dans de rares périodes fastes de la civilisation…

Changer l’axe plutôt que la structure

Comme le relate très bien Chantal Mouffe, l’instauration d’une démocratie radicale ne suppose pas d’en finir avec la représentation politique, de dissoudre la démocratie représentative, ni même le jeu électoral des partis et des conquêtes de pouvoir ; il faut savoir laisser aux animaux politiques le soin de jouer avec leurs instruments, pour autant que la démocratie conserve le privilège qu’elle se doit sur la représentativité et qu’elle puisse s’opposer ou contraindre un exécutif à se démettre ou à se dédire lors d’un quelconque abus législatif. Le conseil fédéral helvétique a l’habitude des désaveux populaires, ce qui le contraint bien souvent à la mesure et à épouser des positions qui lui sont bien souvent contraires pour ne pas se mettre à dos la souveraineté populaire. Le pouvoir de la démocratie sur la représentativité a donc cet effet de tempérer les errances des élites et de les rendre soucieuses moins de s’opposer au peuple que d’en saisir les raisons afin de trouver le meilleur compromis entre l’exigence populaire et les intérêts économiques.

Plus la démocratie est radicale et effective, plus l’organisation politique peut supporter certains compromis avec l’organisation centralisée et représentative, à condition que le peuple ne se sente pas dépossédé de son pouvoir arbitral. Il est dans la nature de l’homme que certains d’entre eux se sentent une âme de décideurs, de combattants politiques, de militants, de meneurs, d’orateurs, et il serait assurément dictatorial que d’abolir la représentativité, le leadership, les partis politiques, l’homme de pouvoir ou d’influence, comme se désignait lui-même Victor Hugo, le tribun de la plèbe et les organisations partidaires qui participent des libertés publiques et de la vie citoyenne. Le pluralisme, en somme, est indissociable des partis, des élections, des confrontations, et des luttes de pouvoir. En politique, le conflit cesse avec la dictature totalitaire, mais pas avec la démocratie qui est l’organisation pacifiée de la confrontation politique. Contrairement à ce que pensent les idéologues de parti, le peuple n’est pas essentialisé ; non seulement il est multiple, c’est-à-dire aussi diversifié qu’il n’y a de sensibilités politiques, mais il change perpétuellement en fonction de l’actualité et du déroulement de l’histoire. Raison pour laquelle, la démocratie est davantage le lieu de tous les possibles que celui de l’impasse institutionnelle que nous connaissons en Europe, où le paradigme qui correspondait aux besoins du capitalisme des années 80 s’est trouvé  sécularisé dans une Constitution continentale déjà obsolète lors de son entérinement en 1992…

En adoptant un système démocratique où la démocratie prime sur sa représentativité, le problème du dévoiement de la politique par une oligarchie quelconque est neutralisé par la démocratie elle-même qui peut accorder ou démettre ce que bon lui semble, à l’exception du cadre institutionnel fixé par la Constitution qu’elle aura accepté au préalable et qui, pour être modifié, suppose de suivre une procédure plus complexe, afin de garantir une règle du jeu commune que l’on ne puisse pas modifier à loisir sans abolir l’équité juridique requise à toute stabilité républicaine. Pour autant, il n’est pas bien clair que la démocratie directe soit la solution défendue par Chantal Mouffe car elle précise bien : « Le remède n’est pas d’abolir la représentation, mais de rendre les institutions plus représentatives. » Certes, mais s’il ne s’agit que de cela, gageons que la représentativité retrouvera très vite le moyen de n’être que représentative et de confisquer à elle tous les avantages de son statut, ne serait-ce que par coteries et stratégies de couloir. Sans démocratie directe, il est inutile d’espérer parvenir à édifier une démocratie suffisamment radicale pour contraindre la représentation au dialogue et au compromis, à l’obligation d’appliquer les objets soumis à votations populaires.

Souveraineté, pluralisme et débat

Le moment populiste est d’autant plus opportun que la démocratie est attaquée sur plusieurs flancs : par la dérive technocratique des élites européennes pour qui la démocratie n’existe plus puisqu’elle est morte avec les nations, pour l’islamisme intégriste qui en refuse les modalités de l’intérieur, pour le militantisme vert qui considère lui-même que la démocratie ne permettra jamais de faire interdire la quasi-totalité de la consommation (polluante ou animale) et qu’il faudra bien passer par la dictature pour sauver la planète. L’urgence démocratique est donc en partie générée par ce qui la menace, et reste à savoir si la droite parviendra mieux encore que la gauche à fédérer le mouvement populiste appelé à devenir l’épicentre du clivage au XXIe siècle. L’Union européenne symbolisant l’élitisme technocratique et non démocratique, là où la nation recouvre à nouveau, non pas le bellicisme nationaliste, la fierté cocardière, mais le lieu institutionnel des constitutions démocratiques supposant un peuple, un parlement, une juridiction, un exécutif et une histoire.

Faut-il pour autant construire un peuple par une propagande adaptée comme l’évoque Chantal Mouffe ? Est-ce bien utile ? Ne doit-on pas le prendre tel qu’il est, puisque lui-même change avec le temps, et qu’il épouse ce qui lui paraît en tout temps le plus adapté à la situation ? C’est en effet aux politiques ou aux mouvements d’opinions de le convaincre que les solutions proposées sont les bonnes, et ce dernier suivra ou ne suivra pas – comment peut-on créer un peuple puisqu’il est le fruit d’une histoire et d’une actualité sans cesse changeante ? Le meilleur discours est toujours celui qui révèle ce qui est, qui formule ce qui advient, et remporte ainsi l’adhésion par sa pertinence et non des suites d’une simple propagande idéologique. On ne construit pas un peuple avec du discursif mais avec de la pertinence – osons le mot : avec de la raison. En politique, il faut avoir raison, et non se contenter de bien parler ; le discours rationnel et sensé l’emportera toujours sur les bons sentiments, et c’est la raison pour laquelle la droite rationnelle d’aujourd’hui gagne la bataille des idées face à une gauche idéaliste et moralisatrice.

Le débat est la première dimension discursive de la confrontation pluraliste ; s’ajoute au débat, le jeu d’opposition des partis politiques, des associations, des dissociations ; l’hégémonie du vainqueur des élections, l’opposition des autres à l’hégémonie victorieuse, avant renversement de l’hégémonie précédente au profit d’une nouvelle, considérée comme plus réaliste et efficiente par le corps électoral. Les vrais ennemis de la démocratie ne sont plus liés, en effet, à la partisanerie politique, puisqu’il ne suffit pas d’être de gauche ou de droite pour présenter une menace à la démocratie, mais de prendre fait et cause pour son abolition au profit d’une dictature où il n’y aurait plus ni pluralisme, ni opposition. On chercherait en vain dans la politique actuelle les partis politiques antidémocratiques puisque même l’extrême droite défend la démocratie ! Il n’y a que l’extrême gauche qui soit encore antidémocrate, réclamant l’interdiction de toute droite, c’est-à-dire de toute opposition, afin d’en finir avec le pluralisme et les alternances de la démocratie. Inutile de préciser qu’il s’agit d’une faction très mince du spectre politique et que les peuples sont davantage demandeurs de plus de démocraties qu’il n’y en a ; l’extrême gauche n’a donc aucun espoir de réaliser la dictature de ses vœux sans l’assentiment d’un peuple féru de lectures de droite, d’opinions antagonistes à la doxa du moment, et qui se rue en librairie pour lire Zemmour tout en se branchant sur Sud Radio et Cnews, avec les records d’audience que l’on sait, au point que même France Inter et Europe 1 font entrer l’extrême droite à demeure en leur octroyant micros et chroniques ! On vit du reste les bons démocrates du journalisme radiophonique de gauche manifester contre l’ouverture de leur radio à l’opposition… démocratique.

Manifestement, la droite gagne en jouant le parti de la démocratie ; la gauche perd en jouant la carte de la dictature, mais le peuple ne suit pas. L’offre ne répond pas à la demande. Lorsque l’extrême gauche acceptera de jouer le jeu de l’antagonisme nécessaire, de l’opposition politique au sein du même cadre démocratique reconnu par tous, la donne changera peut-être. La disqualification et l’interdiction sans raison légale de l’adversaire politique est une autre manière de refuser l’antagonisme propre au régime démocratique. Les citoyens étant désireux de pouvoir faire des choix, d’exercer leurs droits et de manifester leurs opinions, ils optent pour ceux sachant au mieux porter la contradiction et apporter les solutions les plus rationnelles à l’hégémonie dominante dont le bilan est considéré comme en faillite. La gauche libérale, portant toujours le discours de l’hégémonie discréditée, n’a bien évidemment aucune chance de rallier les suffrages ; la gauche non démocratique n’est plus suivie non plus par désaffection populaire pour tout projet consistant à lui retirer l’exercice de sa liberté et de ses choix. Par conséquent, hormis la droite populiste qui s’annonce comme la grande vainqueur de demain pour avoir su saisir à temps le train de l’histoire, on attendra sans doute la décennie suivante pour que la gauche daigne accomplir ce qu’elle aime le moins faire : progresser…