Lorsqu’il s’agit de faire des économies, c’est curieux, les choix ne deviennent pas qualitatifs mais politiques. Les citoyens suisses votent mal. On nous l’a déjà dit. Leur vote ne va pas dans le sens voulu par les élites économiques et politiques. Seraient-ils trop bien informés ? Le fait est que les premières émissions à passer à la trappe pour raison budgétaire sont les émissions culturelles et les documentaires d’information. La très utile émission TTC est rayée de la carte de la RTS, et ce, malgré ses 40 % de parts de marché. L’émission de débat Infrarouge est elle aussi réduite, alors que très précieuse, avant disparition prochaine ? ; A bon entendeur, qui veille depuis des décennies sur le bien-être des consommateurs, est elle aussi réduite ; les émissions littéraires ont elles aussi été dégraissées de la RTS alors qu’elles sont inexistantes à la télévision ; en revanche, on augmentera le temps d’audience pour les magazines sportifs… Certes, ça ne permettra pas au peuple de se faire une idée sur la situation générale et de voter en connaissance de causes, mais le lui demande-t-on seulement ? On fera à la fois des économies sur les programmes et en même temps, on cessera d’alimenter les mauvais votes des suisses par un excès d’information de trop bonne qualité.

A l’approche de la votation sur la loi covid, la polémique du mauvais vote est déjà lancée. La montée du non affole la classe politique qui s’empresse de préciser que la loi covid n’a rien à voir avec la loi pandémie déjà votée en 2013 et qui autorise le conseil fédéral à prendre des mesures d’urgence. Cette dernière, la loi covid, consiste uniquement à donner l’aval aux aides publiques qui ont permis à tous les secteurs de l’activité économique, victimes des fermetures et du confinement, de survivre autant que possible au manque à gagner. Ceux qui auraient donc la mauvaise idée de rejeter la loi covid sont dès cet instant d’odieux personnages désireux de condamner à la faillite les secteurs économiques les plus fragiles. Sauf qu’on se garde bien de nous faire voter sur les mesures qui ont été prises par le conseil fédéral et son comité scientifique durant la crise pandémique au prétexte qu’elles avaient déjà été votées il y a quelques années. Fort bien, mais nous n’avions jamais traversé d’épisode pandémique et nous n’avions jamais pris la mesure des actions envisagées dans la réalité des faits ; maintenant que nous en avons tous fait l’expérience pour la première fois, il serait plutôt indiqué de voter sur la pertinence ou non de la procédure en question

On ne nous demandera donc pas notre avis sur la gestion centralisée de la crise, mais uniquement sur la générosité des mesures pécuniaires pour sauver les meubles et accuser le coup. Seriez-vous donc sans cœurs, messieurs-dames ? Point du tout, mais le chantage électoral est une pratique courante pour faire avaler une pilule amère au peuple ; on mélange à la fois l’appât et l’hameçon en espérant que le populo votera comme un poisson. Nous avons déjà assisté à des votations qui proposaient dans un même paquet non séparable, des avantages fiscaux en échange d’un recul social. On retrouve ici ce chantage électoral qui souhaite nous faire voter pour les compensations financières, la générosité publique, et non sur les modalités liberticides (ou pas) de la gestion de crise. Voter contre les aides financières était dans ces conditions le seul moyen de s’opposer à la gestion du conseil fédéral durant la pandémie ; beaucoup l’ont fait ! Je suis assez fier d’un pays où le citoyen, matraqué tous les jours par la moraline institutionnelle, a pris sur lui de voter contre les aides publiques afin de voter, non pas pour la faillite des commerçants et restaurateurs, mais contre la gestion de la crise en haut lieu.

Car si ces aides n’avaient pas été acceptées à l’avenir par le peuple, ce sont les mesures elles-mêmes, de fermetures totales et de confinement qui auraient été abandonnées, obligeant le conseil fédéral, pour ne pas détruire le tissus économique, à changer de stratégie ; à opter moins pour des fermetures unilatérales et générales que pour un confinement des malades et une quarantaine pour les proches et non pour l’ensemble d’une société dont la majorité est saine ; à adopter les contrôles aux entrées du pays afin d’éviter l’entrée et la sortie des variants, à imposer le port du masque partout où la promiscuité ne permet pas la distanciation, les désinfections régulières, le désengorgement des hôpitaux par le déploiement de structures annexes ou de mains d’œuvre alternatives, la mise en place d’un plan général de vaccination sitôt les premiers vaccins efficients, ou mieux encore, l’élaboration des premiers médicaments. En refusant les aides, on refusait du même coup la fermeture des commerces ; mais il fallait pour cela braver l’interdit moral dont les autorités se sont servies pour contraindre au vote positif. Ah, les bons sentiments, voilà qui est bien plus efficace pour drainer les foules que les menaces. Le GIEC devrait s’en inspirer… Il faut savoir retourner le chantage à son envoyeur lorsqu’on n’y reconnaît pas le bien-fondé ; du pouvoir d’abuser à l’abus de pouvoir, il n’y a jamais qu’un petit pas de deux.