La pandémie est terminée, puisqu’elle continue. On imaginait mal pouvoir tomber plus bas avec une pandémie nous renvoyant, sinon au Moyen Age, à quelques heures sombres du XXe siècle, ou disons que le XIXe s’est brutalement rapproché de notre orgueilleux XXIe. A peine sommes-nous « sortis » de cet imbroglio scientifique, que la guerre survient. Il y a comme un parfum d’an Mil. On se sent de moins en moins modernes et de plus en plus fragiles. Ce progrès technique, par ARN messager, n’est finalement pas si révolutionnaire qu’espéré. Le variant Omicron atteint des taux inégalés de contaminations depuis le début de la pandémie malgré toutes les mesures déjà prises. Le conseil fédéral réuni en urgence peu avant la nouvelle année n’avait pris aucune décision supplémentaire quant à la gestion de la crise pandémique du fait d’une baisse inexorable des hospitalisations conduisant à l’abandon de presque toutes les mesures le 17 février. L’événement que plus personne n’attendait permit à Alain Berset de redorer son blason et de démontrer enfin que l’épisode de deux ans ne valait que pour l’urgence épidémique et non pour des raisons de dictature politique, régulièrement invoquée par des complotistes qui en sont devenus muets…

Le passe sanitaire en fut pour le moins discrédité puisque son application n’avait rien empêché du tsunami de cas actuel, démontrant que si le vaccin atténue les effets du virus, il ne soigne pas et ne protège pas contre la maladie, ni même contre la réinfection de la maladie. Il n’y aura manifestement pas d’immunité collective non plus puisqu’il n’y a pas d’immunité possible avec les variants sur le long terme. Seule la mutation du virus nous conduit vers une infection bénigne, moins redoutable que la grippe saisonnière, justifiant l’abandon des mesures préventives en dépit de la hausse des cas. En l’état, les décisions des pays du Nord d’abandonner toutes les mesures de protection et celles des pays d’Europe centrale entérinant bien au contraire l’obligation vaccinale, ont fait la démonstration que la gestion de la crise était moins médicale que politique et qu’elle l’a toujours été en partie, d’où les innombrables incohérences principalement dues à la politisation des décisions comme à leurs intérêts économiques.

Au plus fort de la crise, on a souvent laissé entendre que les démocraties étaient faibles dans leur réactivité face à la pandémie vis-à-vis des dictatures expéditives. Dans une dictature comme la Chine, où personne n’a à décider de rien, les choses sont allées plus vite, certes, mais sont-elles seulement plus efficaces ? La Chine n’a pas plus crié victoire à ce jour que n’importe quel autre pays au monde et elle vient même d’annoncer reconfiner certaines villes. Cette question aura pour le moins été tranchée : une dictature musclée n’est pas plus efficace dans la gestion pandémique que n’importe quelle délibération démocratique, c’est au moins ce qu’il peut être tiré de la longue séquence de la gestion de crise dont on attend avec avidité que l’on puisse en tirer un bilan constructif.

Les antivax craignaient de mourir du vaccin, c’est en réalité le vaccin qui ne soigne pas. La guerre en Ukraine a violemment détourné l’attention de la chasse aux irresponsables au profit de la chasse aux collabos. Les événements alignent moins leurs réflexions que leurs vindictes. L’esprit du temps manque d’esprit ou n’en a plus le temps. Je retiendrai tout de même, dans une situation pourtant bardée d’inconnues, l’intense dogmatisme des autorités scientifiques, avec lesquels il fallait oeuvrer dans l’idée d’une humanité parfaite, docile, soumise, obéissante, à l’image d’un troupeau buvant la parole de ses bergers, et cela ne fut guère réjouissant. Les non vaccinés rassurent peut-être moins sur le plan de la santé publique, mais ils rassurent quant à l’existence des libertés du même nom, ce qui nous honore encore une fois face aux régimes totalitaires, tout autant impropres à résoudre le problème. Les vagues actuelles, qui battent tous les records de contaminations, ne peuvent plus être attribuées aux non vaccinés, et leur faible dangerosité relève apparemment moins désormais de la vaccination que de la génétique des nouveaux variants. Le scandale de la gestion de crise risque fort d’apparaître à rebours des événements et ne reposer que sur nos propres limites scientifiques, considérables à l’égard de la nature, et sur nos grands potentiels, avant tout redevables de la mercantilisation hégémonique de potions miracles imposées par chantage d’Etat. La crise pandémique est finie, mais quant à savoir qui de la science ou de la nature a remporté la partie, on a longtemps pas fini d’en entendre parler.