Autant j’avais admiré les grands meetings de Mélenchon il y a quelques années à travers la France, lors de sa phase républicaine, autant ai-je été déçu par son virage communautariste, islamogauchiste et politiquement correct. Aux dernières nouvelles, la girouette a repris sa rotation perpétuelle, le tribun a mis le doigt en l’air et a senti que l’époque n’était plus à l’islamogauchisme comme au communautarisme, le voilà donc se saisissant au vol du souverainisme si longtemps décrié par la gauche pour l’endosser enfin comme un signe d’époque. Face au phénomène Zemmour, à la droite en voie de reconstitution, le leader de la gauche radicale daigne enfin entendre le grondement démocratique induisant un changement d’avec l’universalisme ultralibéral.

Le libéralisme s’est toujours réclamé de l’universalisme puisque la finance se doit d’œuvrer absolument partout, indépendamment de toute culture ou tradition nationale qu’elle délite par consumérisme publicitaire. L’universalisme libéral ne suppose pas que soit à égalité culturelle la tradition japonaise et la tradition inuit, à égalité d’existence et de respectabilité, mais le coca cola, que l’on retrouve aux quatre coins du monde, au mépris des boissons traditionnelles, et qui n’en est pour autant pas une boisson apatride puisqu’elle est représentative avant tout de la culture américaine. Il n’y a donc pas d’universalisme apatride puisque, dans un monde libéralisé, c’est la plus grande puissance qui impose à la planète ses propres biens culturels et de consommations. Nul doute qu’après l’hégémonie américaine, la Chine abreuvera la planète de ses propres produits culturels, au même titre qu’une mondialisation sino-orientale. Les kebabs remplissant eux aussi cette fonction pour le monde arabo-musulman.

L’internationalisme de la gauche a donc été dévoyé peu après mai 68 par l’universalisme libéral et c’est au nom de ce même  internationalisme que furent confondus et soudés la gauche et le libéralisme, ce qui contribua moins à socialiser le libéralisme qu’à libéraliser le socialisme. L’abolition des frontières prit donc, dans le discours, la forme d’un humanisme mondialisé pour une immigration sans limites, alors qu’elle s’avérait surtout une aubaine à ceux qui désormais allaient pouvoir embaucher moins cher de la main d’œuvre étrangère au détriment des nationaux. Eric Zemmour apporte les réponses droitières à la crise migratoire, à la domination ultralibérale européenne, à la perte de souveraineté nationale, à l’islamisme rampant au travers d’une forte immigration musulmane en provenance de leurs anciennes colonies, alors que la gauche n’en était qu’à la satisfaction européiste antifrançaise ou à la joie créolisée aux abords d’un semblant de guerre civile ou de guerre de quartiers paupérisés, aggravés par une rupture du pacte social par la revendication d’un séparatisme religieux.

Le créolisation et l’islamophilie de la gauche mondialiste avaient déjà tant profité au libéralisme économique, dans ses inégalités sociales, que le Mélenchon post-républicain a de lui-même cédé ses électeurs à Eric Zemmour, qui n’en fit qu’une bouchée. Chantale Mouffe avait pourtant déjà plaidé à son endroit la nécessité, après les gilets jaunes, d’un populisme de gauche susceptible de siphonner les voix perdues auprès de la nouvelle droite, sans effet jusqu’ici. Les hommes charismatiques n’entendent la raison des femmes que bien tard…

A quelques mois de la présidentielle, la gauche radicale a donc fait volte-face, et c’est heureux, mais n’est-ce pas déjà trop tard ? Pourquoi avoir attendu si longtemps pour quitter le parti pris communautariste qu’aucun peuple ne souhaite, pour le souverainisme démocratique qui recompose littéralement la droite aujourd’hui ? Le fait est que Mélenchon revendique désormais la souveraineté nationale, le protectionnisme, la France non alignée, la sortie de l’OTAN ; il ne lui manque plus que de troquer la créolisation pour la République inclusive, accueillante, respectueuse de l’immigration de travail tout en étant plus stricte avec l’immigration économique, qu’il s’agit d’aligner sur la conjoncture et ses débouchés et non sur une générosité sans bornes qui n’aurait aucun lien, ni avec la situation économique, ni avec les guerres géopolitiques. En attendant, la gauche grandit, certes, moins en nombre de militants qu’en maturité, mais il n’est pas interdit qu’après sa mue intellectuelle, suive celle de l’adhésion.