Le siècle de Périclès – Von Foltz

On en finit plus de lire des articles sur le danger des fausses nouvelles, sur les mensonges et la désinformation, sur la nécessité de devoir faire interdire, censurer, tout propos fallacieux. Je veux bien, mais qui entre tous est le détenteur de la Vérité absolue, seul à même de trancher entre une fausse et une véritable information ? Si ce n’est un Dieu auquel je ne crois pas. Il faudra tout de même un jour en convenir : la liberté d’expression n’est pas limitée par l’erreur ou la tromperie, mais par les appels au meurtre et autres injures clairement définies par les codes de loi. Lorsque je lis la plupart des dénonciateurs de fausses nouvelles, j’y trouve des gauchistes criminalisant un propos qui est tout simplement orienté à droite, comme si le parti pris politique était désormais interdit ; la démocratie fait-elle désormais partie des fausses nouvelles ? On y trouve aussi des scientifiques accusant leurs confrères scientifiques, ceux qui n’adhèrent pas à leurs partis pris sur le climat, d’être des auteurs de fausses nouvelles alors qu’ils sont tout aussi scientifiques qu’eux… Le scepticisme, le doute, la contradiction, la méthode cartésienne est-elle désormais une fausse nouvelle ?

Ne voit-on pas que le débat sur les fausses nouvelles est moins un problème de véracité, ou sinon, de sauvetage d’une démocratie en péril qu’un enterrement de première classe de la démocratie par de nouvelles idéologies ? Tout ce qui ne va pas dans leur sens n’est pas contradictoire, comme le veut l’opposition démocratique, mais illicite et mensonger. J’aimerais bien que les nouveaux censeurs de la gauche totalitaire nouvelle formule, m’expliquent comment ils différencient dans une information, la vérité du parti pris ? La connaissance et l’idéologie ? S’il est un parti qui a toujours eu le plus de difficulté avec la réalité, c’est bien l’extrême gauche. Comment pourrions-nous leur concéder la moindre crédibilité pour différencier la vraie de la fausse information alors que dans les milieux académiques, en médecine comme en physique et en climatologie, nous assistons, entre spécialistes, à une véritable guerre de tranchées… Qui a raison sur qui ? Qui est malintentionné ? Répondre de suite à la question, c’est se contraindre à abolir la démocratie et l’opposition dans ce qu’elle a de légitime, car, en matière de vérité, seule l’histoire finit par trancher sur la longue durée. La saignée a fini par être reconnue comme absurde alors qu’elle fut pratiquée durant des millénaires… C’est dire le temps nécessaire pour lutter contre une fausse nouvelle qui fut parfaitement intégrée à la vérité vraie de la médecine la plus sérieuse. Et combien d’autres ? Le géocentrisme a fait la loi en physique durant des millénaires, aussi, avant d’être invalidé par Copernic. De la vraie nouvelle à la fausse, il peut y avoir des lustres entre les deux. Il fallut des siècles pour que les fausses nouvelles de Giordano Bruno soient reconnues comme vraies.

Que ce soit à destination du peuple comme à destination d’élites dont les conflits d’intérêt sont toujours plus ou moins pressentis, dans un cas comme dans l’autre, l’accusation de fausse nouvelle est entièrement faite pour nuire à tout débat, pour le rendre impossible et s’interdire à jamais d’avoir à convaincre par l’usage de la vérité plutôt qu’à développer le complotisme par l’interdiction légale. La contestation de la vaccination qui a historiquement fait ses preuves, est moins liée à la vaccination en tant que vérité scientifique, qu’à la criminalisation du doute et de l’esprit critique en la matière, sinon à cette suspicion tenace qui entoure la confusion intégrale entre le corps médical et l’industrie pharmaceutique. Au-delà de la polémique entourant les fausses nouvelles, il y a malheureusement celle du jeu démocratique qui comprend les oppositions, la contradiction, l’orientation politique, et le droit à l’erreur puisque pour qu’un propos puisse être dit erroné, il faut déjà qu’un avis d’autorité soit possible. Les défenseurs de la saignée étaient dans l’erreur sans jamais le savoir, car ils se situaient dans une vérité historique à défaut d’être anatomique, cette dernière invalidant par les faits la première, ne reposant que sur des interprétations et des convictions. Il en ira de même pour le climat, science balbutiante et qui ne manque assurément pas, de par sa prime jeunesse, de nous ensevelir sous de fausses interprétations de faits, certes, réels, mais qui seront invalidées demain, au grand dam de leurs défenseurs, s’ils seront encore là pour y assister.

Le sujet est bien trop vaste, bien trop complexe, pour donner crédit à la criminalisation des fausses nouvelles puisque ces dernières appartiennent pour beaucoup à l’opposition démocratique, à la controverse scientifique et politique. La vérité ne se décrète pas d’une seule trouvaille mais à la suite d’un long cheminement de contradictions et d’oppositions que certains souhaitent faire abolir aujourd’hui au prétexte d’une urgence qui elle-même n’est pas démontrée. Il est urgent d’agir, entend-on ; la démocratie est trop lente, il nous faut la dictature d’un pouvoir fort pour sauver la planète. Il n’existe pas même un consensus scientifique sur la question ; les livres de physiciens, de géologues, de climatologues, d’universitaires, de glaciologues, contredisant les interprétations des activistes et des administrateurs du GIEC (au service de 195 Etats) ne cessent de s’accumuler en librairie. Méfiance donc à l’égard de cette criminalisation des fausses nouvelles car les vérités ne se décrètent pas, elles s’obtiennent sur le long terme et à la suite d’intenses débats et contradictions dont elles finissent par sortir vainqueurs – et pas forcément pour toujours… La démocratie est donc plus importante que la vérité, au sens où le risque d’erreurs est préférable au débat, et non la censure; aucun arbitre au présent ne peut anticiper sur l’histoire.