Aurélien Barrau a un CV plus qu’éloquent. Astrophysicien, professeur universitaire, docteur en philosophie, un bagage prestigieux qui ne l’empêche pas de prophétiser l’Apocalypse et d’en appeler tout récemment, lors d’une rencontre avec le physicien Etienne Klein, à ce que la peur s’empare des gens, que chacun, face à la menace climatique, s’endorme – je le cite : « la boule au ventre. » Notre scientifique et philosophe souhaite pour chacun ce que naguère les clercs souhaitaient à tous les pécheurs : de vivre en permanence dans la crainte de Dieu. Ce qui démontre que l’on peut être une forte tête et souscrire à l’irrationnel avec toute la vigueur exaltée du militantisme. Etienne Klein aura juste eu la politesse de préciser que, selon lui, militantisme et science font mauvais ménage… C’est le moins qu’on puisse dire. Les diplômes, le savoir, ne protègent pas contre la politisation des disciplines scientifiques.

Etienne Klein est le premier à défendre la parole scientifique contre les complotistes, les contradicteurs politiques qui s’arrogent le droit d’émettre des opinions sur des sujets dont ils ne connaissent rien. Parler sans savoir est le propre de l’époque, celle des réseaux sociaux, où l’opinion seule suffit au détriment de toute source scientifique ou documentaire. La remarque est juste, mais lorsque la science devient plus qu’une science, mais tout une politique, c’est-à-dire qu’elle se prend à dicter sa loi à des sociétés entières, le problème de la science n’est plus son exclusivité ; elle devient de facto un problème politique et donc citoyen. C’est précisément la dimension politique, militante, qui regarde le citoyen ; la démocratie ne saurait être dictée par des savants car la science du climat est une chose, mais le parti pris dans le choix des solutions n’est plus du domaine scientifique mais politique.

Le choix d’une écologie ultra-technologique, productiviste et capitaliste, fût-elle défendue par d’authentiques scientifiques, n’est pas une résolution savante mais un choix de civilisation qui ne regarde plus les seuls scientifiques. Aurélien Barrau se réclame pour son compte de solutions décroissantes, mais c’est ici aussi une option politique et non une vérité scientifique. Ecologie de droite, écologie de gauche, les deux options sont prônées par des scientifiques, par des spécialistes en leurs domaines respectifs, et c’est bien évidemment à la démocratie, l’opinion du plus grand nombre, qu’il revient de trancher sur des solutions qui leur seront à tous imposées.

On voit bien qu’il est vain de dissocier la science de la politique lorsqu’elle s’y mêle tout entière. Avant de réclamer des citoyens qu’ils se gardent d’émettre des opinions sur des sujets dont ils ne connaissent rien, ne vaudrait-il pas mieux réclamer aux savants de se garder de faire de la politique ? D’autant plus lorsque nombre de scientifiques se retrouvent dans le rôle naguère investi par le militantisme. Les philosophes des Lumières et les scientifiques avec eux, durent batailler pour démystifier les légendes terrorisantes propagées par le Clergé pour des raisons morales. Comment ne pas s’étonner de voir la science endosser ce même rôle à des fins de militantisme écologique comme naguère le christianisme lorsqu’il interdisait que l’on ouvre des corps ? En l’absence de preuves d’une réelle apocalypse en cours, dont on nous dit qu’à l’échelle géologique elles peuvent durer des millénaires voire des millions d’années avant de déboucher sur une extinction de masse, on se nourrit d’une croyance scientifique puisque en l’absence de preuves, on ne peut pas appeler autrement ce type de futurition. Certains scientifiques croient en une fin du monde imminente, d’autres pas. Si le souci écologique rassemble la communauté scientifique et avec elle, les projets de société, tous n’adhèrent pas à l’urgence climatique.

Seule la raison est digne de confiance, qu’elle soit scientifique ou citoyenne, jamais la peur du jugement dernier, la prophétie des enfers, ne doivent recevoir la moindre approbation des esprits éclairés. Il y eut des philosophes pour défendre la cause de Dieu, il y a des scientifiques pour défendre les prophéties plus que les faits. Si la fin du monde est en marche, comment se fait-il que nous n’en subissions pas les effets ? Qu’il en aille des hivers trop rudes aux étés caniculaires, le climat tuait déjà dans l’ancienne Mésopotamie, au temps des romains, à l’ère chrétienne, dans la Chine ancienne, et tout autant aux temps préhistoriques. Le changement climatique ne crée pas à lui seul la catastrophe naturelle puisqu’elles ont toujours existé. L’Atlantide n’a pas attendu notre millénaire pour disparaître sous les eaux et l’Antiquité regorge de crises climatiques et de déplacements de populations, pour ne pas dire d’effondrement de civilisations dus à ces changements. Il y eut beaucoup de fins du monde pour que nous y croyions aujourd’hui aussi facilement. On saura désormais que la science ne préserve plus de la prophétie et que l’esprit critique se devra de différencier les faits des probabilités en lieu et place de ceux qui prétendent savoir.