Comme le relate Le Courrier (22.05.2020), une nouvelle épidémie s’est déclarée à Neuchâtel alors que la pandémie liée au Covid19 n’était pas même terminée… Il s’agit d’une épizootie ne touchant que le porc, non transmissible à l’homme ; sauf qu’il s’agit d’une maladie respiratoire du porc s’approchant mine de rien des propriétés du coronavirus pour le compte des chauves-souris ou du pangolin. Rappelons que la grippe aviaire provenait des poulets en batterie, la vache folle et son funeste prion, du cannibalisme bovin via l’ingestion de farine animale en lieu et place de la bonne et si coûteuse herbe champêtre à des fins de productivité pas cher. On a beau minimiser les épizooties, surtout lorsqu’elles ne touchent qu’une variété animale, il n’en demeure pas moins qu’une épizootie n’est en rien différente d’une épidémie humaine et que le passage de l’une à l’autre ne suppose que le passage d’une espèce à une autre par zoonose. Autrement dit, il suffit que la maladie respiratoire du porc, par effet d’une trop grande proximité humaine, passe de l’un vers l’autre, pour que l’épizootie devienne épidémie, avec risque potentiel de pandémie, selon le degré de contagions.

Les troupeaux de porc malades ont été euthanasiés depuis, ce qui ne va pas sans coûts pour l’éleveur. Le plus intriguant revient au fait que la maladie provient d’une importation illégale de porcelets de l’étranger, de Catalogne, par des activistes de la cause animale, désireux de les sauver d’une vaste exploitation espagnole. Les porcelets étaient porteurs du virus et ont contaminé le cheptel helvétique. Outre la puérilité d’une action consistant à sauver deux porcs sur des milliers d’autres, la maladie renseigne aussi sur l’état de la santé animale hors de Suisse. La Catalogne était-elle seulement au courant que son cheptel était malade ? A-t-elle mêmement fait euthanasier ses porcs par mesure de sécurité ? Il est permis d’en douter. La législation n’est très certainement pas la même qu’en Suisse, et il en va de même en Chine, en France, dans nombre de pays où le productivisme de l’industrie animale n’a que peu de soucis pour la santé des bêtes destinées à l’abattoir. Sauf que, et c’est là que les verts ont raison d’en faire le lien, une bête malade dans un troupeau, même si la maladie n’est pas mortelle pour le cheptel, peut à tout moment, sans crier gare, passer de l’épizootie à la zoonose. Du moins, il suffit d’un cas venu d’on ne sait où, pour que la grippe aviaire passe à l’homme, que le prion de la vache fasse de même, que la maladie respiratoire du pangolin crée une pandémie mondiale.

Il est aisé de comprendre le mécanisme à l’œuvre dans le passage de l’épizootie à la zoonose, en quoi la mauvaise santé des cheptels de l’industrie animale favorise en eux l’essor de maladies contagieuses récurrentes, et avec elles un vivier de virus ayant tout loisir de perdurer, d’évoluer, de muter et, qui sait, de franchir la barrière de l’espèce pour contaminer l’homme à son tour. Aussi, l’avertissement qui est donné par l’écologie en la matière est un avertissement bien plus concret et démontrable que le changement climatique. Sans changement radical du traitement animal dans le circuit alimentaire, sans remise à plat du système productiviste, nous aurons droit à une longue suite d’épidémies du même type, qui, du H1N1 au SARS, en passant par l’actuel Covid19, n’en sont que les premiers avatars, avec, qui sait, plusieurs épidémies différentes en même temps… Le professeur Raoult a d’ailleurs fait état d’une autre épidémie d’origine animale transmise à l’homme en France, à l’origine de cystites, ainsi qu’une autre encore plus préoccupante en Nouvelle-Zélande, elle aussi, transmise de l’animal à l’homme. Il se pourrait que les distances que les animaux observent entre eux à l’état naturel, où ils ne vivent jamais entassés les uns sur les autres, même en troupeaux, soient un rempart naturel contre les infections contagieuses que rend impossible l’élevage en batterie.

Sans mesures prises contre les conditions de détention animale, sans abolition du productivisme économique au sein de l’agriculture, on peut s’attendre à des vagues épidémiques successives et de plus en plus fréquentes. Nous avons vu les pouvoirs publics agir comme jamais ils ne l’ont fait auparavant, sitôt le péril de mort explicite ; il serait plus irresponsable encore de ne pas traiter le risque en amont de l’épidémie elle-même. Et pourtant, qui peut croire que le politique puisse passer outre le lobbyisme et imposer des mesures non productivistes au secteur de l’industrie alimentaire ? Cela paraît peu probable et il est de première importance à mon avis de conserver les masques pour la prochaine…